« C’est à la personne endeuillée de donner un sens à sa perte »
Entretien avec Thomas Levivier – La Croix du Nord n°2232 du 28/10 au 03/11/2011
Pourquoi le deuil nous fait-il si peur ?
Le deuil est une perte. Que ce soit la perte d’un être cher, d’un être attendu ou la perte d’une situation chérie ou à laquelle on n’a pas accédé, c’est le même processus. Le deuil se traduit par une émotion : la tristesse. Dans notre société, il est parfois difficile de manifester sa tristesse. Il faut aller bien !
Pourquoi est-on si maladroit avec les personnes en deuil ?
À côté d’une personne en deuil, on ne sait pas quoi dire, mais on peut juste être. Comme thérapeute, quand j’accompagne une personne en deuil, j’ai une espérance : qu’elle continue à vivre et à grandir en traversant chacune des étapes de ce processus.
Quelles sont les différentes étapes du deuil ?
Les deux premières, le choc et le déni, sont des étapes de protection.
On ne peut pas croire à cette perte. Ce sont des étapes normales et nécessaires. Puis, il y a l’expression des émotions. La personne va s’ouvrir à la réalité. Elle peut vivre des émotions contrastées : l’anxiété, le soulagement, la colère, la culpabilité... Des émotions fortes qui génèrent une très grande fatigue. Puis, vient la recherche d’un sens à la perte. La perte en elle-même n’a pas de sens : perdre son enfant d’une maladie à 6 ans, cela n’a pas de sens. Mais avec sa liberté, la personne peut chercher du sens et poursuivre sa vie d’une manière nouvelle. De nombreuses associations ont vu le jour à la suite d’un deuil. Personne ne peut faire ce travail à la place de la personne endeuillée. C’est elle qui doit donner un sens à sa perte. La dernière étape est l’héritage psycho-spirituel.
Personnellement, je suis en deuil de Jean Monbourquette, un psychologue canadien qui m’a formée et qui est décédé au mois d’août. Je me demande souvent ce que j’ai aimé de lui et ce que je veux faire grandir de lui en moi. C’est cela le travail de l’héritage : poursuivre en moi ce que j’ai apprécié chez celui qui n’est plus là.

